Un courriel reçu un lundi matin
Odette habite à quelques kilomètres de Quimper. Un lundi matin, en ouvrant sa messagerie, elle a trouvé un courriel qui semblait venir de sa mutuelle. Le texte annonçait qu'un remboursement était bloqué et qu'il fallait confirmer ses coordonnées bancaires sous quarante-huit heures, sans quoi le dossier serait clos. Le logo était là, les couleurs aussi, et l'adresse d'expéditeur lui paraissait presque normale.
Elle n'a pas cliqué. Quelque chose la gênait, sans qu'elle puisse dire quoi. Elle a pourtant passé la matinée à y repenser, parce que le mot « bloqué » l'inquiétait. Elle nous a écrit en début d'après-midi, un peu gênée de nous déranger pour ce qui pouvait n'être qu'un message sans importance.
Ce qu'Odette a fait, et ce qu'elle n'a pas fait
Ce qu'Odette a fait mérite d'être souligné : elle a gardé le courriel tel quel, sans répondre, sans ouvrir la pièce jointe et sans toucher au lien. C'est exactement le bon réflexe. Beaucoup de personnes, par politesse ou par peur de perdre un droit, répondent ou cliquent trop vite, et c'est là que les ennuis commencent.
Elle nous a transféré le message en entier, puis elle a ajouté quelques lignes pour décrire ce qui l'inquiétait. Cette précision nous a beaucoup aidés. Elle ne savait pas nommer ce qui clochait, mais elle avait bien vu que le ton pressait, que la demande portait sur sa banque et que la formule d'appel n'utilisait pas son nom.
Notre examen, étape par étape
Nous avons d'abord regardé l'adresse complète de l'expéditeur, pas seulement le nom affiché. Elle ne correspondait pas au site habituel de la mutuelle d'Odette : quelques lettres étaient inversées, ce qu'un œil pressé ne remarque pas. Nous avons ensuite survolé le lien sans l'ouvrir, pour lire l'adresse réelle vers laquelle il menait. Elle n'avait aucun rapport avec l'organisme annoncé.
Puis nous avons relu le texte. Le message mélangeait l'urgence, la menace d'une clôture de dossier et la demande de données bancaires, trois signes qui vont souvent ensemble dans les tentatives d'hameçonnage. Une mutuelle sérieuse ne réclame pas ces informations par courriel. Nous avons conclu, et rédigé pour Odette une réponse courte et claire, sans jargon.
La réponse que nous lui avons donnée
Nous lui avons écrit, dans l'après-midi même, que ce message était bien une tentative d'hameçonnage et qu'elle pouvait le supprimer sans crainte. Nous avons ajouté qu'elle n'avait rien à régler, que son remboursement n'était pas en cause et que ses coordonnées bancaires n'avaient jamais été exposées, puisqu'elle n'avait rien saisi.
Pour la rassurer davantage, nous lui avons proposé de vérifier directement son espace personnel en tapant elle-même l'adresse habituelle de sa mutuelle, plutôt que de passer par un lien reçu. Elle l'a fait, avec Yann en visio, et tout était en ordre. Le soulagement s'est lu sur son visage dès que l'écran s'est affiché.
Ce qu'Odette retient aujourd'hui
Quelques semaines plus tard, Odette nous a confié qu'elle regardait désormais ses messages autrement. Elle ne se sent plus obligée d'agir tout de suite : elle sait qu'un courriel qui presse est justement celui qu'il faut laisser reposer. Elle prend le temps de lire l'adresse, de se demander si elle attendait ce message, et de nous le transmettre au moindre doute.
Elle nous a dit aussi que la vérification lui évitait de s'inquiéter pour rien. Savoir qu'une personne regarde avec elle, sans jugement et sans la faire attendre longtemps, change son rapport à la messagerie. Elle en parle maintenant à ses voisines, qui reçoivent le même genre de messages en cette fin d'été.
L'histoire d'Odette tient en peu de choses : un doute, un courriel conservé sans réponse, puis une vérification calme. Si un message vous paraît étrange, quelle que soit la raison, ne cliquez pas et ne répondez pas. Transmettez-le-nous tel quel, nous l'examinerons avec vous et vous dirons simplement ce qu'il en est. Il n'y a pas de question trop petite, et personne ne vous reprochera d'avoir demandé.